Quand le maïs égréné devient une prière solidaire
13.03.26 07:15
À Kavumu, une centaine de jeunes se préparent au baptême. Deux fois par semaine, ils participent aux traveaux des champs pour la paroisse. Ainsi reçoivent-ils en même temps une catéchèse et une formation agricole.

Située dans l’agglomération de Bukavu (Sud-Kivu – Congo RDC), Kavumu est une nouvelle cité rurale de près de 150'000 habitants qui grossit par l’afflux d’une population fuyant les villages en forêt pour échapper à la guerre. Dans cette ville occupée depuis le 14 février 2025 par les forces du M23 affiliées au Rwanda, la jeunesse manque de perspectives professionnelles à l’issue de la scolarité obligatoire. Ceux qui se destinent aux études supérieures n’ont aucune garantie d’embauche par la suite et les autres jeunes sont livrés à eux-mêmes, car il n’y a pas d’école professionnelle pour apprendre un métier qu’ils pourraient exercer au service du plus grand nombre.
Dans ce contexte, la paroisse catholique de Kavumu cherche à transmettre à sa jeunesse une espérance chrétienne qui soit le plus possible chevillée à un avenir professionnel. C’est ainsi qu’actuellement, une centaine de jeunes se préparant au baptême travaillent deux après-midis par semaine dans les champs de la paroisse. Cela fait partie intégrante de leur catéchèse. Les familles des catéchumènes n’ont souvent pas même un petit lopin de terre autour de leur maison. Les champs de la paroisse deviennent un lieu d’apprentissage, les catéchumènes y apprennent à travailler ensemble sous la houlette du jeune abbé Daniel, prêtre de la paroisse et directeur d’une école secondaire. Lui aussi retrousse ses manches pour prendre part à l’œuvre commune. Sans signe distinctif, il me fait penser à Jésus simplement présent au milieu de nous.
En voyant ces jeunes égréner le maïs, j’ai pensé à la prière du chapelet : un geste simple, une œuvre communautaire, un engagement concret au service de plus grand que soi.
En partenariat avec les Sœurs oblates de l’Assomption et l’association Amis de Bukavu, la communauté des prêtres de Kavumu et le conseil de la paroisse sont en train de réfléchir à l’ouverture de formations pratiques pour les jeunes afin que leur énergie soit engagée au service de tous plutôt qu’elle ne se retourne en violence, par dépit.
Au coeur d'une cité occupée et régie par les militaires, offrir un avenir professionnel aux jeunes de Kavumu est une manière concrète de laisser fleurir l’espérance et de prier pour la paix.
Texte et photo : José Mittaz
